Jeff Clark
MON INTERIEUR
Un bordel, trois suites
dans le derrière.
Une boîte de nuit minable avec échiquier dans le dos.
Une caisse claire, une pompe, les décombres d'un palais
Des pièges siamois, de roses ombrelles à cocktails
pour les petits gueux qui arpentent les boulevards
et les bleus sentiers de mon intérieur, frappant l'asphalte
du pied de leurs parasols,
déployant leurs ailes
pour emmener la Reine, pliant le bord de leurs feutres pour en montrer
[les
trous.
Toute la journée, ils extraient le coton des inhalateurs plongés
dans
[mon
convoyeur.
Mais en ma nuit, ils volent et chez eux s'enfuient, s'y calfeutrent,
puis se
[meuvent
vers l'intérieur,
se mettent à renifler autour de leurs bassines, et pleurnichent
Nous sentons un liquide premier dégouliner le long des fuchsias
Nous entendons Opal,
nous sentons l'artère ralentir
Nos poux s'éveiller et glisser vers les ailes
Nous l'allaitons de nos trous, nous nous aimons en sa moelle,
Nous ramonons les conduits, nous faisons nos rondes armés de
calfateuses
Avant l'aube, débauchés,
Ils essaient de m'endormir dans le bain en me caressant
Plein midi en mon intérieur
: le cerf rouge
Sort de mon ravin à mon signal, chèvre à branchies.
Les ombres de mes Français annihilent mes petits éclate-nuits
Dans mon cinéma à dos de paupière : arabesques.
Mes disques préférés sont tous à siffle
ou à râle ou à trémolo.
Ton ombre annihile mes petits éclate-jours.
La langueur tient mon corps à
l'écart du bureau
La langueur tient le bas sur ta jambe.
La lumière tient les petits à carreau, au convoyeur
et hors du cerveau
et alors, de très loin, en grinçant
s'avance ma nuit, et quand elle arrive,
J'y vais comme un gigolo à l'appel d'un bifton de cent balles.
© Jeff Clark & Sun & Moon Press
/ Poème traduit par Olivier Brossard
