Dominique Fourcade, Everything
Happens, trad. Stacy Doris
(Sausalito: Post-Apollo Press, 2000).
Actaeon’s move was unintentional
à la différence de moi
Tumbling upon Diana again and again
- D. Fourcade, Rose-Déclic (POL, 1984)
Publié à Paris en janvier 2000, Tout arrive,
de Dominique Fourcade –Grand Prix National de poésie
1998– met en avant une poétique remarquable
qui prend note de l’anxiété post-mallarméenne
de la nation en question tout en la laissant loin derrière,
y voyant un « tarif d’improvisation » (73)(1).
Ceux qui liront la traduction anglaise de Stacy Doris trouveront
énormément de matière à penser dans
un livre qui, au delà du cliché, tout à la
fois proclame et donne à voir une poétique qui est
presque un nouveau Zen continental.
Fourcade raconte comment, lors de
la visite d’une exposition de manuscrits de Mallarmé,
« deux mots se sont choisi un moi, c’est très
ordinaire » (58) - « le billet de Manet remerciant
Mallarmé de son soutien après le refus de deux tableaux
par le jury du Salon de 1874 … » (57) avait pour en-tête
Tout arrive. L’ambiguïté de l’expression
en français, impossible à traduire avec concision,
permet à sa signification d’osciller entre quelque
chose comme tout est en train d’arriver ; tout se produit
; tout vient ; tout peut arriver ; Tout va arriver, etc. Et, bien
sûr, c’est tout cela en même temps. Fourcade
fait dériver sa propre poétique de cette attitude
implicite vis-à-vis de la perception, présentant
un Manet moderne comme Mallarmé ne l’a jamais été
: « il n’y a aucune autorisation de ne pas percevoir
tout tout de suite » (58). Plutôt que Mallarmé
et son maniérisme surtravaillé, Fourcade cite Dickinson,
Stein et Oppen (laissant, comme on peut s’y attendre, O’Hara
et al, plus graveleux, à la myopie de l’histoire)
comme ayant été les premiers à mettre en
œuvre la poétique de Manet, puisque « de toutes
les phases énoncées en ligne, aucune n’est
au départ naturelle » (62). La maîtrise est
hors de question, mais l’exercice constant des sens est
comparé aux exercices corporels d’un danseur ou une
danseuse – car l’écrivain, soutient Fourcade,
doit « être prêt mais pas préparé
» (64). On ne sera pas surpris d’apprendre que, comme
tout arrive (sauf, peut-être, la maîtrise), le sujet
est mort. Le poème moderne (et Fourcade rejette l’appellation
« post-moderne ») est une accumulation de ce «
tout » qui est réincorporé dans l’ensemble
des choses dont il est constitué (une poétique trans-finie
si l’on veut) par absolue nécessité. C’est
une attitude vis-à-vis de la perception, un impératif
exténuant, et qui tient le sujet pour mort (contrairement
à O’Hara, d’où l’abandon de ce
chaînon qui par ailleurs était pertinent). «
Manet n’avait que faire du cependant, et rien pour lui n’était
indifférent. C’est pourquoi c’est lui nous
» (68).
Le hasard / le chaos / l’imprévu sont-il forces
ou instruments ? Seule une « méthode » peut
trancher, « seule une méthode rend plausible que
tout arrive, autrement c’est infondé » (74).
Si cela arrive, pourquoi s’évertuer à le représenter
en train d’arriver ? S’il est fondamental que tout
arrive dans une poétique, alors l’affirmation «
tout arrive » n’est-elle pas prophétique ?
ou déterminante ? si le hasard est une force (plutôt
qu’un instrument) alors c’est la seconde possibilité
qui est la bonne, non ? bien sûr, ce qui est suggéré
est qu’il est les deux, auquel cas, pourquoi s’embarrasser
d’une méthode ? « je suis persuadé qu’il
y va de la planification de la mort » (74). C’est
là une inquiétude existentielle (avec néanmoins
le côté Zen) ; elle est liée (comme chez Sartre)
au respect de la liberté individuelle par le biais de systèmes,
d’une « méthode ». « [J]e reprends
: au point mort du sujet, en amour, la fréquence est inverse
de la période » (67).
Patrick F. Durgin
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1 Tout
arrive a été publié en français
dans Est-ce que j’peux placer un mot (Paris : P.O.L.,
2001). Les numéros entre parenthèses renvoient aux
pages de ce livre.
Traduction par Omar Berrada
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