ça vaut bien le reste

A quoi bon
me souvenir de toi : tu es trop ennuyeuse
Iowa City, Iowa
Tu manques plus de relief encore que
Needles Californie. Je me trouve
Dans le Motel “ le Rebelle ”, avec
Mon pull couleur raisin
Et ma tasse de maté, dont les senteurs fumées
Se mélangent à celles de mes premières chambres et des victuailles ici
Du sexe et de la neige. J’
écris sur Needles
Herman et des pierres, l’histoire s’intitule
“ ça vaut bien le reste ”, dans celle-ci
ce crétin d’Herman—un véritable
habitant de Needles—dit
“ la pierre, ça vaut bien le reste”
J’ai inventé ça l’été qui suivit
Ma première liaison new yorkaise :
traînant, chez moi, dans une boutique de pierres
examinant des géodes et des quartz
Des échantillons d’arsenic et des déjections
Pétrifiées de dinosaures.
Que dire d’Iowa City
Tout le monde est groupie de poésie
Conventionnelle, je n’ai pas encore écrit un poème,
Il y a un bar où pour
25cents tu as un œuf dur et une petite bière.
Vraiment je ne sais pas quel genre de poésie—
Quel est le nom de la marque qu’ils
utilisent ici—ou quels genres de
Poésie écrivent les gens dynamiques dans le monde
Y a-t-il une bonne et une mauvaise poésie, pourrait-on
se demander en m’entendant mépriser
après coup, le style de l’Iowa,
Caractérisé, autant que je me souvienne,
Par le postulat du désespoir
Par l’ennui dans des maisons à deux étages
Le divorce, les revenus, les champs, les cochons,
Enfiler des pantalons, bien, pas vraiment
dans les poèmes, bien y’a pas de ‘bien…’ et tout
Sur le ton constipé
D’hommes qui—et de femmes suicidaires aussi—
Veulent être coupables de quelque chose,
Se résignent à être odieux avec leur femme
Et à écrire d’austères strophes. Que tout ceci est vache
J’ai posé dans des cours de dessin
L’hypocrisie
Y est très intéressante : personne n’a besoin
De peindre des femmes nues,
C’est comme ça. Et, me voici
Nue pour l’art, autrement dit pour un tas
De pauvres mecs que je connais déjà,
idem pour la poésie.
Ecrite et jugée par ceux-ci. Des types à lubies
Qui pensent—vous savez—
Que le moment poétique est comme marquer
Au billard : où puis-je publier ; que puis-je
Donc faire à ma seconde ou troisième femme.
Il ne se passe rien dans l’Iowa,
se peut-il alors que je change ici ? oui
Je peux devenir méprisante
Est-ce bon ou mal, mal probablement.
A New York, j’avais développé une philosophie
De la sympathie et de l’égalité des âmes :
jetée par la fenêtre, rapidement, à
ma première rencontre avec de vrais trous du cul.
“ Une pierre, ça vaut bien le reste ”
il n’y a pas de pierres à Iowa
sol noir comme merde, un arbre ou deux,
pas de montagne, pas de grand édifice,
de mornes universitaires, des voyeurs, des émeutes
pacifistes, des poètes invités
traités comme des rois, surtout s’ils
baisent avec les autochtones ou sont connus
pour s’engueuler en public avec leur femme.
On peut aller au cinéma une fois par semaine,
Comme à Needles. On peut baiser avec
Un poète invité ; on peut être montrée à
Un poète invité comme bonne à baiser sans baiser.
On peut écrire ses premiers poèmes
pensant qu’on en a bien le droit,
Puisqu’ici, les gens les plus stupides au monde
En sont à leur cinq centième.
C’est ce que je fais maintenant. Quelle
Différence cela fait ?
J’aime mes poèmes. Il valent
Bien la pierre.

Traduit par Vincent Broqua


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