LE SOLEIL EST PROCHE, CHAUD, ET FESSU

J'accompagne en rêve un pharmacien nommé Harward–
il souhaite délivrer une ordonnance–
à la pharmacie/morgue de Needles
un local sombre, le comptoir sépare l'espace-clients des rayonnages
ainsi que de l'obscure arrière salle où des corps sont étendus.
Les gens qui passent demandent souvent "qui est posé sur la glace là derrière"?
Ce doit être Je ou moi ou on, bien sûr, ou "une âme est-ce une âme?" l'âme meurt-elle?
Harward est intrigué par l'arrière boutique, il y jette un regard inquisiteur,
en enquête?
L'âme est-elle seulement une notion, un médicament ?

Ici, dans un autre rêve, se trouve un pont
blanc allant de nulle part à nulle part, une rampe
comme une lyre, une ligne montante comme un graphique, soutenue par des épieux
      filiformes
qui augmentent et décroissent progressivement... "Chéri, ne me laisse pas
descendre cet escalier de poète vers la mer"
En bas dans les eaux dormantes gît un corps masque mortuaire
d'un homme, un poète, le seul poète encore humain. Peu m'importera alors,
ou peut-être pas, qu'il soit détective ou âme. L'âme est bienfaisante.

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A présent, j'ai
nommé le détective Hardwood

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Dans le "réel", dans le métro
un homme bataille de charmante manière
pour cinq francs    un saltimbanque
a perdu ses pièces il se glisse sous les sièges
et sans crier gare émerge au nez des gens
il les a perdu en passant faire la quête
après son numéro de guitare, que je n'ai pas entendu.
Il a une assistante.
Je sors dans la station chaude et déserte de–
pas un chat à – Concorde
Je suis poète je vais donc acheter un livre.

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Grottes. Pénètre dans la salle dont le mur porte une inscription
quelque fois tout le monde est là, pas là-haut "dans la vie"
ils se massent autour de moi pendant que j'examine les lettres
"ELF le gazier s'amuse à vouloir ton monde"

Je pénètre dans une autre pièce. J'ai l'air si jeune
qu'un hibou–symbole d'un soldat mort–
doit me châtier pour mon arrivée insouciante
les lignes de mon visage se creusent immédiatement et me voici...
le détective, aimera-t-il
le visage d'une âme sénescente ?

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Je descends plus profondément dans une chambre basse
plusieurs d'entre nous sont assis par terre, les femmes vêtues de draps ou de châles
et le hibou blanc et sulphureux est là.
Nous percevons le feu, l'odeur pestilentielle de la guerre–
"L'odeur d'un homme qu'on poignarde est épouvantable !"–
envahir le monde réel alors que l'âme tente de se retrouver.

Tous les détectives prennent de la drogue–Chirac, remplis ton
ordonnance et délivre-toi la

Si Hardwood est plus sensible que toi, un gentil garçon
avec une carabine en bois incrusté
ou en bronze orné d'argent
une carabine-méditation, devrais-je le défendre?

Qu'auriez-vous fait pendant la seconde guerre mondiale répètent-ils,
comme si le passé était une solution plutôt qu'une cause.

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Plus tard, je rêve, paisible, que je suis ce poète décédé
endormi, rêveur

plus tard encore,
intérieur-grotte :

touche l'É incrusté doigt ensanglanté.

Puis, au sortir de la grotte, je me presse le long d'un lac vaporeux.
Dante, et un Dante de dessin animé est ici, dans des vêtements Dante et
visage sans traits.

Monumental d'avoir la pâleur de la mort sur le visage comme
la lune et de planer au dessus des autres. Oh aide-moi
Non tu n'as pas besoin d'aide.

Qui ai-je interrogé qui a répondu ce n'était pas Dante.

Non, ne sois pas Dante et, non, ne sois pas un É.

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Tout poème vacille comme moi puis va de l'avant, s'écoule.

Traduit par Vincent Broqua


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