Poèmes traduits par Omar Berrada
Est entre son cou en croissant et les
jambes écartées du lit
où la
passion plisse le dos fragile en un losange
à géométrie ciselée,
deux angles complémentaires,
l'un
postérieur à peine
voilé, poing de l'arrogant
Eros sournois
enserrant sa taille jaune,
l'autre terrible « o » dépouillé sans
voix,
fantôme dessiné sur ses lèvres
blêmissantes,
la parole s'échappant vaine étouffée
par
des mètres de plis rouges du
plafond au sol
qui à la pensée ne laissent
aucun répit.
Verrouillés par les sens exercés,
nos souvenirs intimes,
entêtés, sont grenus, jusqu'à ce
que la lice insurgée de spleen
que
nous tenions encore se lacère,
raidis par l'ignorance
mais guère
courtois pour l'amour d'un luxe parfait
nous
pourrions imprégner la chambre
satinée de métaphores sanguines,
nous
inventer une impuissance sur le chemin
du sensorium,
tout aussi perdus à penser, où larda
la
sécrétion légère
de son frémissement ? le coup
de langue
à travers la surface d'étoffe,
couche après couche partant de sa
peau ?
La disposition nous stimule strictement,
comme
l'oil inaccoutumé devant
lumière trop vive
s'injecte, pleure
et se clôt, autour
de la figure
se coule un cortège de sensations à nous étrangères :
déverrouillage suit verrouillage
suit
solitude contrite, petit oiseau mort au clair
de lune
moqueur, désir convulsé,
et puis le triangle de lumière profonde,
suivi
de la question, évidente :
cela doit-il toujours
finir en ombre, trait,
coup de pinceau, etc. Quel genre d'homme
nous
laisserait là, résistance
hors de portée ?
Le procédé est celui d'un égoïste,
scène laissée
aux trois-quarts
dans l'ombre de l'imagination,
ici la rotation
est sans déplacement,
pellicule de beauté tenue
à distance du seuil de conséquence,
moment sans suite
duquel le maître se relève
sur la pointe des pieds pour former un « x »,
s'étire
pour tendre le bras sur le verrou, mais
la barre coulissante demeure telle que
peinte,
à jamais écartée
de sa gâchette, et dans ce fragment
d'espace
nos vies deviennent pensée privée
d'envol, l'écheveau lumineux
de filaments
dorés passant même à travers
les plus étroites jointures.
d'après « Le Verrou » de Jean Honoré Fragonard
* * * *
Tronc de l'arbre d'Oreste
Avec du flair pour les petits
pouvoirs
et leur logique
Je m'assis longtemps jadis
à quelques mètres là-haut
sur
la branche de douleur
au point de craquement
du bois lestée
de l'ample vieux amour
que je devais à ma mère,
depuis
longtemps morte, et notre père,
mort
de même autant
qu'oublié, lui
qui laissa
sa sélection usée
de somptueuse
absence
à mon intention à l'orée
de
ma vie adulte
et donc au futur
Je songeai alors à commencer.
En ce temps-là tu disais
que j'étais
lourde de
sentiment, mais que d'autre
pouvais-je être
que
d'idées faite, héritière
ainsi
d'une dette ancienne ?
depuis ce jour
souillé
de sang où je
fus maniée avec
douceur,
priée de contenir
mes larmes, car,
me dit-on,
l'homme est vieux
déchiré par
la guerre, aveugle
hormis ses doigts impotents
cherchant à tâtons
sous une pile
de draps
propres une paire inutile
de lunettes de vue,
comme
s'il eût été de
pure logique
que l'infirmité le révélât
déjà froid.
Et elle,
notre mère, persistait
pour sa passion
perdue
à n'exiger rien -
que la vengeance - pour
quoi
il n'y aura dans ton cour
nul pardon.
Si dans mon feuillage abritée
Je
demeure, pâle
et à jamais la même,
murmurant
mensonges hébétés
auprès de mon récipient
de dévouement jamais désempli
comment
pourrais-tu
le savoir ? et même
si
à chaque approche du printemps
tu repousses à nouveau
ton retour et
que je songe
à renoncer pour de bon,
je sais
que tu ne peux davantage revenir
me trouver
vieille dans une obsolète
jeunesse
que je n'aurais, depuis que tu
m'as laissée
dans cette maison maudite,
pu garder espoir
de partir.
* * * *
Harpe éolienne
pour et d'après John Wilkinson
Les rubans de rêves se déroulent
en masse dispersée
de gravité accablante,
souviens-toi lorsque la vie
était encore irrésistible,
talents troqués
contre fidélité, avenir
somptueux à portée de main,
pastorale
absence de capital en vernale ferveur
muée ;
« fais quelque chose de ta
vie, » un homme par exemple
ou
une image à l'archaïque
fierté sur une armoire ancienne,
« hisse-toi à la force
de ton poignet, » comme l'ont
fait ces
fils aînés, partis, bradés,
dont les caprices furent bercés
par
des pêchés plus graves
que le sacrifice, souviens-toi lorsque
tu
t'imaginais moins à la merci
des contingences,
peu à peu par une preuve littérale
tu te vis
remplacé, le temps qu'il
fallut pour tisser ces mots a
depuis longtemps
disparu, dupé par
un travail que quelque
autre rêveur le lisant déroulera,
rejoins donc ceux
qui font reculer l'horloge,
les petits avantages ne souffriront
aucun
sursis de révélation,
la peur de l'ignorance est devenue
savoir
acquis de la bêtise, le choix
lente
extinction de ta faculté à désirer,
et
le lieu où tu aimerais retourner
irréelle orbite.